COSIMO SCHINAIA
La crise écologique à la lumière de la psychanalyse
Traduit par Cosimo Schinaia et Jean-Pierre d’Haenens
Imago, 2022, 220 p., 22 €
Patricia De Pas : Dans votre livre vous expliquez que Freud avait anticipé la tendance de la civilisation occidentale à aborder la nature dans un rapport conflictuel. Que voulez-vous dire ?
Cosimo Schinaia : Dans son essai Malaise dans la civilisation (1929), Freud plaide en faveur de la limitation individuelle pour fonder la civilisation. Il semble ainsi vouloir poser les bases éthiques d’une collaboration et d’une solidarité, où chacun renonce à quelque chose au profit du bien commun. Il théorise donc le renoncement aux pulsions individuelles comme l’élément fondateur de la construction de la civilisation, mais sa réflexion sur les rapports au sein de l’humanité semble évoluer lorsqu’il définit le rapport entre l’homme et l’environnement naturel. Freud soutient en effet que l’homme devrait se protéger de la nature en la soumettant à la technique. Il considère la nature comme cruelle et indifférente ; sa force est écrasante, sauvagement désordonnée, totalement indépendante de la volonté et du dessein des humains, jamais vraiment domestiquée ni amicale. La nature est la principale source de souffrance dont l’homme, intimidé dans son inévitable précarité, devra toujours se protéger. De cette façon, Freud anticipe la tendance de la civilisation occidentale à regarder l’environnement naturel en termes conflictuels, donc en termes d’opposition binaire. Freud décrit une nature à aimer et à respecter, mais aussi et surtout une nature à soumettre aux exigences de l’homme civilisé. La bonne relation avec la nature chez Freud semble être l’autre versant du progrès technique, son complément, tout en restant dans une relation conflictuelle, dans laquelle il n’y a jamais intégration complète des polarités et des contradictions : douleur et joie, jeu et sérieux, besoins individuels et besoins sociaux. On peut dire que le texte freudien est fortement influencé par l’idéologie du progrès linéaire et illimité du début du XXe siècle. Il en découle une nette prédominance des valeurs de survie et de travail, et donc de technologie, toutefois modulées, tempérées par la nécessaire présence des espaces de verdure. L’attention à la nature a une dimension compensatrice, authentiquement réparatrice. Bien que l’humanité soit représentée comme un enfant faible, sans défense et effrayé par une Mère Nature terrible, puissante et incontrôlable, la pensée de Freud n’est pas linéaire. Dans certaines parties de son essai, il semble remettre en cause le besoin d’une domination absolue sur la nature, évoquant la nécessité pour chacun d’accepter la limitation de son plaisir individuel. Il relativise ainsi la glorification de la technique, en mettant en garde contre son usage à des fins éminemment utilitaires. Dans L’Avenir d’une illusion, il a écrit : « Les créations humaines sont faciles à détruire, et la science et la technologie, qui les ont édifiées, peuvent aussi être utilisées pour les anéantir » (1927).
En conclusion on peut affirmer que, homme de son temps, Freud ne pouvait pas prendre en considération le lien étroit et paradoxal entre l’assujettissement de la nature et la pollution, tel que nous pouvons l’observer de nos jours...
Parcours de soins des pédophiles accidentés et perturbants
Cosimo Schinaia
Un cœur d’enfant dans le corps et dans l’esprit d’un adulte : c’est ainsi que se décrivent eux-mêmes les pédophiles, se référant parfois à l’étymologie pour exprimer le caractère licite de leur « amour des enfants ». Des enfants en réalité fantasmés en tant qu’êtres adultisés, sans consistance émotionnelle autonome. Les pédophiles sont conscients de la réprobation sociale d’un tel « amour » qui corrompt et outrage son propre objet, qui peut aboutir à des issues extrêmes, mais ils en vivent généralement la dynamique interne sur un mode a-conflictuel et égosyntonique qui réussit à occulter le total manque d’empathie envers les victimes de leurs conduites maltraitantes.
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